12.11.09

Conduite de nuit.

Tu t'assois côté conducteur. Tu accroches ta ceinture, tu vérifies celle des passagers. La lumière du plafonnier s'éteint avant que tu aies tourné la clé. Il fait nuit noire.
Le ciel est illuminé par les millions d'étoiles, tu distingues bien la voie lactée.
Tu enclenches ta vitesse et en douceur tu quittes la place de garage.
derrière, l'agitation est calme, les voix s'entremêlent pour commenter la journée. Une voix cesse son babillage avant les autres, un coup d'oeil dans le rétro confirme le sommeil abrupt de la plus jeune.
Les autres discutent encore un moment paisiblement, cela n'empêche pas d'entendre la radio musicale égrener ses notes.
Une bulle commence à se former autour de moi, ayant pour limites visuelles le tableau de bord et la lumière des phares.
Il se met à pleuvoir, les essuies glaces passent en grinçant, ce bruit insupportable de la craie sur le tableau noir, il ne pleut pas assez pour que le vieux caoutchouc soit entraîné en silence.
La musique me transporte dans les années 80, un bon Renaud, de ceux qui ont inventé des expressions, qui joue avec les mots comme il mâche son chewing gum, et moi je me retrouve au salon parental, sage comme une image et dans la tête des idées folles.
Le silence apaise la conduite, le ruban noir défile pris entre deux lignes blanches, la vitesse constante me laisse seule à veiller sur ma bulle.
J'aime conduire la nuit.
Je passe sur une chaîne qui cause, le speaker s'adresse alors directement à moi, nous sommes seuls tous les deux dans le noir et je peux opiner du bonnet ou exclamer mon dégoût avec une interjection agacée. C'est agréable de pouvoir entendre le début et la fin d'une phrase sans interruption, cela aide à la comprendre sans aucun doute, il faudra que j'aide les bouches volubiles des graines germées qui dorment à l'arrière à intégrer ce fait...
Tiens, nous avons dépassé la capitale du 29, c'est drôle, penser y avoir vécu, ne plus rien y reconnaître, ou s'y sentir comme une étrangère? peu importe, je roule sur l'asphalte, je suis tranquille mes pensées dépassent la limite de vitesse autorisée mais personne ne peut me limiter.
Conduire la nuit, c'est comme laisser la route vagabonder tes pensées, ta vision ne va pas plus loin que toi, tu anticipes l'éblouissement en portant ailleurs ton regard, tu t'aperçois qu'il pleut encore aux milles gouttes sur le pare brise quand une voiture te croise, ton monde se réduit au microcosme automobile, tu as chaud, c'est fluide, facile, pas moyen de faire autrement qu'aller d'un point à un autre, ça au moins, tu maîtrises.
Et pour le moment, le reste, les soucis et tout, tu t'en fous, tu ne dois pas quitter la route, c'est tout.

5.11.09

Automne

Hier, un Ami m'a conseillé d'aller lire le billet d'une de ses amies...!
Ça a fait tilt. "Chiche" a t-elle dit.
Les feuilles tombent et les souvenirs se ramassent à la pelle.
"De tout temps, l'homme"...naaaan, ne jamais écrire ça nous conseillait un prof!
Bref, de tout temps j'ai du écrire. Dans le sens, je crois bien que toujours, le crayon et le papier furent mes amis.
Mais, je crois aussi que je n'ai pas gardé. Dans le sens où feuille de papier volage un peu comme moi, en quelque sorte, je m'éparpille comme la feuille au vent.
Je me souviens de textes lus à la classe, et de mes joues rouges, de ces cahiers rouges aussi remplis avec mon amie G. mais c'est une autre histoire.
Et puis, hier, je suis allée dans mon gren...euh, ma bibliothèque, chercher ce petit cahier.
Celui que j'ai dans la main, et que j'ouvre là:

"nov 89
Tifenn,
As tu lu le "Petit Prince"? (aparté: oui, je l'avais lu et relu, surtout à cette époque)
...pour confier à ces pages les rêves qu'il t'inspirera.
De tout coeur,
A. (ma marraine)"

Voilà donc 20 ans (!!!!!) que j'ai reçu ce petit livre vierge de mes mots.

Je suis en train de relire là..oulalalala....
Devait être amoureuse la demoiselle, romantique et tout.

"Pas une multiplication
Encore moins une division
T'arrête pas à soustraction
Ça ressemble à addition

Comme dans cette opération
L'amour ça marche par deux
Addition deux vies c'est bon
C'est comme ça qu'on est heureux

Ça y est t'as trouvé tendresse
Sans commettre de maladresse
Sentirez alors caresse
Ce vent des gens qui s'aiment"...

Hein. Ca se passe de commentaire ça, non? (surtout quand on connaît mon amour des maths!)

Sinon, je m'amusais aussi comme ça:

"ver de terre erre vers la mer
verte coquette de verre si claire
d'enfer amère de guerre
délire de rire sourire mourir
gémir sourire de cire et fusse
de plus les bus qui hissent
les drisses vers Ys
Sac bac mic mac
faim. fin."

Je crois qu'il faut lire juste pour lire, ne pas chercher à comprendre...

Et puis, je découvre que j'avais des phrases, des maximes...
"l'amour est la seule maladie inguérissable qui donne un peu de bonheur"

Notez le "un peu".

et puis:
"Mon coeur en bagage, ma liberté dans ta main"

Bon, je vais faire une fleur, une autre, le ridicule ne tue pas.
Je racontais ma vie en poème.
Mes anniversaires, tout ce qui comptait pour moi. Je ne vous les mets pas, c'est un peu long quand même...

Le soir, petite, sur mon île là bas, loin, j'allais dehors regarder les étoiles.
Ici, dans ce froid pays, ça a du me manquer assez pour que j'en écrive un bout.
Sortez vos mouchoirs...

"Mon bonsoir aux grenouilles
Quand je fais une petite fouille
Dans le grenier de mon passé
C'était chaque soir étoilé

Pieds nus sur mon balcon
Les yeux vers l'horizon
Je pensais à l'avenir
A tout ce qu'il fallait obtenir

A toutes ces étoiles j'ai donné
Un peu de mon amour à garder
Et du haut de mon grenier
Quand j'ai encore les yeux levés
J'ai l'impression que les étoiles
En nombre ont augmenté.
Alors je leur demande de m'envoyer
Un peu de cet amour pour l'éternité.

Mais ce soir je désirerai
Que tout cet amour renaisse
Chez l'être que j'aimerai
Dont on m'a promis l'ivresse

Ce soir là, mes grenouilles
Sous votre bruit de gargouille
Vous chanterez mon amour
Et cela je voudrais, pour toujours."

Waaaa.

Bon, et puis parfois, j'étais modeste, je recopiais des auteurs, des vrais.
Ceux qui m'ont touchées, et ce poème, là, celui que je vais retranscrire, me bouleverse toujours. Il reste une de mes références en poème d'amour, absolu, beau, et lacrymogène aussi. Mais si beau.
Poètesse à 14 ans, à 17 ou à 40 au fond...on aime toujours, c'est ce qui reste, j'espère...

Ma Morte Vivante de Paul Eluard

Dans mon chagrin rien n'est en mouvement.
J'attends, personne ne viendra
Ni de jour ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même
Mais mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance ils perdent leur lumière
Ma bouche s'est séparée de ta bouche
Ma bouche s'est séparée du plaisir
Et du sens de l'amour et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n'avancent plus il n'y a plus de route
Ils ne connaissent plus mon poids ni le repos

Il m'est donné de voir la vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j'ai crue infinie

Et l'avenir mon seul espoir c'est mon tombeau
Pareil au tien cerné d'un monde indifférent

J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres."


J'étais romantique, je vous dis.

Merci Miss Rainette...

Et vous? vous avez gardé vos poèmes de poètes(ses)?
Faites nous en part...

1.11.09

Du


Du, c'est "noir" en breton.
Le drapeau, on l'appelle "Gwenn ah Du" blanc et noir, vous aurez traduit.
Novembre, c'est Du aussi en breton.
Ce matin, j'ai ouvert les yeux, il faisait noir, le noir de la nuit.
Mais ce n'était pas le silence; la pluie tambourinait aux fenêtres, le vent pliait les arbres dont les feuilles frôlent le toit.
Il faisait nuit, il faisait noir, mais c'était le jour.
Le premier du mois noir.
Dans le pays de l'Ankou, je m'imagine, il y a bien des années, dans une vie antérieure, une vie que je n'ai pas vécue, dans une maison en pierres, humide, froide, la boue chassée du dehors qui s'engouffre sous les portes.
J'entends les bêtes dans la crèche à côté, là, il y fait plus chaud. Le bois dans l'âtre craque et fume, il est humide aussi et dispense peu de chaleur. Juste de quoi chauffer le brouet de la journée.
Les enfants ne sortiront pas, il pleut trop fort, je les laisserais jouer aux osselets sous la table en bois qui leur tient lieu de cabane.
Il faut quand même que j'aille tirer un peu de lait de la chèvre, elle risque de souffrir sinon. Et je dois chauffer les châtaignes ramassées hier, dans le sous bois.
Dès qu'un rayon de soleil fait son apparition, c'est le bonheur qui entre dans la maison, la lumière chasse la pluie, le noir et les soucis.
Là, je me vois dans un manoir, dans une bergère devant une cheminée qui dispense un feu d'agrément. La robe à corset et crinoline me fait la taille fine, mes cheveux mordorées sont bouclés et attachés sur le sommet de mon crâne. Je lis, puisque la bibliothèque est la pièce la plus confortable. Il ne me reste qu'à tendre la main pour saisir mon Sherry. A la fin de la journée, je sortirais avec mon chevalet portable, je m'installerais en haut de la butte qui surplombe la vallée, et je tenterais de peindre les merveilleuses couleurs de l'automne.
En vrai, la lueur de l'écran me fait le visage bleu, il est bientôt midi et la lampe de mon bureau est allumée, car il fait sombre encore.
Hier soir, dans la voiture en allant chercher les pommes au verger, la radio donnait les informations. Nous apprenions que le premier novembre, demain, aujourd'hui donc, c'était la Toussaint.
Mon fils, assis derrière entendant le flash, s'exclama:

"demain c'est la fête de tous les saints?"
Oui, répliquai-je, on fête les morts.
Ah? Maman, je voudrais bien aller faire la fête moi aussi avec tous les morts."

C'est pourquoi, même les jours de pluie, les phrases comme ça on en fait de la brioche! et on pense avec émotion à tous ceux qui sont partis en espérant qu'ils participent aussi à la vie de famille...

13.10.09

En ce moment...

je glande...
Rien à voir avec l'élevage de cochon, ceux la même qui mangent les glands, non, rien à voir.
Je traîne, je paresse, je ne fais rien, mais rien, est ce le néant pour autant?
Au fond, je ne peux pas empêcher ma cervelle de tourner, mes neurones de s'agiter, à croire que tant d'activité cérébrale fait l'inactivité du "se mouvoir"...
Quoique, en réfléchissant bien, la balade du matin, à la brume automnale alors que le soleil émerge des flots tranquilles...
Quoique, les couleurs fauves qui s'épanchent sur le vert bientôt vieux de l'été...
Quoique , le temps qui passe à se dire qu'il est doux de ne rien faire...
Je finis par penser que ne pas chercher c'est parfois trouver,
Que d'observer sans se torturer c'est mieux appréhender,
Que lire c'est aussi bien qu'écrire
Que le temps qui passe doit se laisser filer parfois, il finira bien par me rattraper...
Et là, je verrai.

Je vais mettre mon appareil photo en tension, mon deux roues en position, et ma volonté au starter...
A très vite.

27.9.09

Leurs mots...

16h00.
Je suis dans mon fauteuil, celui que je traîne partout, celui qui ne s'adapte plus à la déco, celui que j'aime car il est grand, large, confortable et rouge.
Un livre à la main, c'est le meilleur endroit pour lire.
Fiston (bientôt 6 ans) vient à passer par là. Il a son pouce dans la bouche, il est prêt à faire un petit câlin, je le sens bien.
Il me revient cette photo d'il y a au moins quatre ans en mémoire, ce même fauteuil et ce fils encore tout petit. Une photo argentique, de ces photos qu'on avait en papier, photo dont il fallait attendre le développement pour savoir si elle serait réussie ou non.
Je ne tirait pas 100 photos par jour à l'époque..non, une ou deux...
Sur cette photo j'ai les cheveux courts, et mon fils est sur mes genoux, tiens je crois bien que j'étais enceinte de miss troisième.
Il porte sa robe de chambre, c'est donc qu'elle est du matin ou bien d'après le bain. Je ne sais pas, car il a la tête en arrière, et je distingue mal ses cheveux. Je suis la bouche contre sa joue, tout près de son oreille et je souris franchement, c'est facile, j'ai les plis du menton qui froncent.
Il a la tête rejetée en arrière car il est dans une de ces fabuleuse explosions de rire, ces rires qui, à 6 mois quand il était à quatre pattes le faisaient tomber sur le ventre, ces rires qui lui faisaient perdre toutes ses forces, tellement il donnait de l'intérieur de lui.
Cet après midi, j'ai repensé à cette photo quand il s'est blotti dans mon giron, la tête contre mon coeur, tout recroquevillé comme pour redevenir tout petit.
Je lui ai chuchoté à l'oreille:
"surtout, tu n'oublieras jamais que maman t'aime, tu le notes bien dans ta tête, d'accord? (suivi du petit mot affectueux que je lui donne à lui comme à ses soeurs, et que je me garde de vous dire pour qu'il reste entre nous)"
Voilà sa réponse:

"Peut-être qu'il faut noter plein de "je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime" sur une feuille, comme ça, si on en perd un, il en reste encore plein d'autres".

Je l'ai serré fort, fort, fort, et il est parti finir de dessiner ses dinosaures...

PS: il est caïman impossible à présent de le prendre en photo sans qu'il y ait pose, voire grimace du jeune homme...

21.9.09

Etre

Il est quatre heures du matin.
Dehors, le ciel est noir, la lune est en phase "je me cache encore un peu et à la place je vous laisse voir les étoiles". C'est sans compter les nuages.
La porte s'ouvre. Celle de la chambre des enfants. C'est facile, elle grince.
Sur la passerelle (oui, nous avons une sorte de pont de bois dans la maison) j'entends les petits pas. Elle marche souvent sur la pointe des pieds. Elle porte une chemise de nuit avec des libellules.
Son pouce de la main droite est dans sa bouche et sa main gauche fait tournicoter une mèche de cheveux. Quand elle est dans mes bras, souvent elle fait la même chose mais avec mes cheveux. Elle a une sorte de passion pour eux, je ne sais pas ce qui l'y attache. Même quand je viens de faire un shampooing, elle me demande un câlin, juste pour pouvoir passer sa main dans les mèches lourdes d'humidité. Invariablement, elle demande: pourquoi ils sont mouillés?
Mais cette nuit, elle marchait sur la passerelle, toujours un droit chemin, directement de sa chambre à la mienne, de son lit au mien, elle entre.
Elle arrive par le bout du lit, enjambe le bord, se faufile sur le côté pour rejoindre mes bras qui s'ouvrent, un enfant qu'on ne contrarie pas laisse dormir plus longtemps...
A cinq heures du matin elle était descendue au niveau de mes genoux, une demi heure plus tard, elle était de travers, presque à tomber sur le plancher.
Ma petite grenouille de 3.5 ans (je suis une grande moi, j'ai troizan et demi) restait sur le ventre, le pouce dans la bouche. Elle a voulu sans doute éviter de se retrouver par terre, alors, les yeux fermés elle a grimpé sur ma cuisse, sans se réveiller, elle a rampé, puis s'est retrouvée sur mon dos. Je sentais sa tête à la base de ma nuque.
Collée à moi comme une ventouse, adaptée à mon corps qui reconnaît le sien pour l'avoir porté dedans 9 mois, puis sur le ventre en écharpe, un temps bien trop court d'au moins un an, enfin sur le dos, encore en écharpe, cette même position qu'elle prend quand elle veut descendre l'escalier sur mon dos, cette même position qu'elle a prise cette nuit, de total abandon, de confiance absolue, de don de vie comme d'amour incommensurable.
Je ne pouvais plus bouger bien sur, non pas que je ne voulais pas la réveiller, non pas que je me sentais mal, non, juste profiter de cette fusion entre ce petit corps et le mien, ce plaisir infini de la sentir contre moi, vivante.

15.9.09

Dirty

Je devais avoir 15 ou 16 ans, je ne sais plus. Plutôt 16.
C'était un de ces nombreux dimanche que je passais chez ma meilleure amie, celle qu'on adore, celle qu'on déteste, celle qu'on n'oublie jamais.
Sans le petit écran chez moi, nous nous faisions des orgies de séries, de film, sous l'oeil libéré de sa mère, affalées sur un canapé accueillant, de la pâte à tartiner en suffisance, le type même de l'ado en révolte contre les siens.
Il y a eu la musique. Il y a eu la danse. Il y a eu cette godiche qui devenait femme, le rêve de la complexée que j'étais, il y a eu la love story, il y avait P.Swayze.
Fan absolue de ce film, je l'avoue, je l'ai vu mille fois à l'époque, m'identifiant à "Bébé".
Quelque temps plus tard, j'avais grandi, oublié ce film, une histoire de fantôme m'a émue. Une femme belle, bien foutue (eh oui, les complexes, toujours) artiste, et toujours cet homme, même pas beau, qui la faisait pleurer.
Ce matin, la tête dans l'oreiller, je n'ai pu m'empêcher ce petit pincement en entendant la mort de Patrick Swayze, déjà 57 ans, que 57 ans.
(je viens de revoir l'extrait...ils dans ent bien, c'est beau, j'aime toujours ;-) )
Soupir.

3.9.09

Peindre.

Souvent, la couleur a coulé du rouleau sur mon bras, tachant de bleu ou de blanc mes cheveux.
Si d'aventure il me reste du blanc d'ailleurs, n'y voyez point l'outrage des ans, juste le passage d'un pinceau trop audacieux.
Parfois, j'ai pu saisir la grosse brosse pour enduire d'huile un bardage trop sec, pour le nourrir de gouttelettes.
Aussi, j'ai pu tenter la peinture acrylique, celle qui recouvre, qui aplatit une image, un visage sur une toile.
Mais enfin, hier, ou peut-être était ce dans mes rêves, j'ai touché la peinture à l'huile.
Je me suis rappelé son atelier.
Une petite pièce sous les toits, qui empestait ce que je sais à présent être de l'essence de térébenthine. Une lucarne pour de la lumière blanche.
Un fatras de pinceaux et de pots, de tubes cornés, tout plissés, pliés comme les dentifrices usagés. Contre les murs, des châssis, des toiles, retournées, cachées, protégées des regards et des petites mains. Les petites mains qui jamais n'auraient osé...
Dans sa maison, les toiles achevées aux murs, comme une immense galerie d'art.
Et toujours un mystère.
Mais comment fait-on?
L'huile? mais quelle huile?
Et bien après, en histoire de l'art, les lumières, les transparences, les tableaux cachés sous les autres tableaux...
La peinture à l'huile, ou l'art d'entrer dans mon rêve d'enfant...
Nous avons choisi le format des toiles enduites de Gesso, fabriquées du châssis à la pointe par ces dames...
Nous avons réfléchi à la couleur, au "fond" du tableau. Tableau! quel beau mot!
Nous avons sorti les tubes, les palettes, les diluants...
Gras sur maigre.
Bien.
Pinceaux non, brosses, ah oui! mais rien à voir avec la brosse à chiendent, non, des rondes, des carrées, des souples comme de la soie...tu les poses sur ta main on dirait le pinceau de maquillage sur ta paupière.
La couleur...tu en prends une, et tu la mélange avec une autre...pour en faire une troisième...c'est bleu comme c'est étrange...
Tu saisis ton flacon d'essence, et tu dilues, encore pour en faire une peinture liquide, elle doit être bue par la toile, aspirée par ses fibres, c'est long le fond d'une toile...
Et puis tu peux recommencer avec un peu d'huile dans l'essence et là...et là, tu vois ta peinture déjà beaucoup plus souple, soyeuse, elle glisse, la brosse, elle longe le tableau encore et encore, c'est du patinage, c'est de la brillance, je me suis vue mettre mon pinceau de cuisine sur la brioche gonflée prête à enfourner, et je tire la peinture comme je tire le jaune d'oeuf sur la peau douce de la gourmandise.
J'ai eu l'impression de voir vivre la toile, elle ployait légèrement sous les caresses des soies, elle se faisait de plus en plus belle, de plus en plus lumineuse...
Ainsi, la peinture à l'huile joue sur les transparences et le geste sensuel...
Point de tableau, attendre...
(la trame de près, l'huile sur la trame, le bleu, bleu que j'aime)

1.9.09

Blue Tag...

Marcus! est de retour!
Et il commence la semaine avec un Tag, dis donc!
Et il a raison, je commençais à m'endormir sur mes lauriers ou au moins sur mes oreillers.
Tag en bleu, 7 photos avec du bleu.
Tiens, étonnant, j'en avais!
Plein!
Cliquez sur la photo pour la voir en grand if you want!




Et pour réveiller un peu tout le monde...
Que tous ceux qui passent le fassent... non, ce ne serait pas assez!
Que tous ceux qui laissent un com, le fassent. Non, personne n'oserait!
Que tous ceux qui veulent s'y mettent!

Bon retour, bonne rentrée, bonne journée, à bientôt!
Oui, là, ça peut marcher!

J'ai de la chance!
La participation de Virginie, et celle de Charles, IcI
Enfin Maya (Virginie !) aussi!
Lola, qui n'a pas de blog (pas encore, bien qu'elle aie des choses à dire...) participe aux Bleus, là!
Merci Lola!




3.8.09

Voile



Ces fois où il fallait enfiler un jean encore mouillé, qui tenait debout avec son sel, sous la salopette de toile cirée.
Se faire violence devant la douleur d'un corps endolori, courbatu, d'avoir tant lutté, tenu bon.
Enfiler sa brassière, inconfortable, qui te faisait une poitrine qui dépassait de sous ton menton.
Tenter de retenir les cheveux qui se défaisaient de ta tresse pour ne pas qu'ils soient arrachés par les bouts*.
Grelotter des mains en saisissant le mât froid et humide du dériveur. Enfiler la voile à son sommet en faisant l'équilibriste, il te paraît deux fois plus lourd que toi.
Refaire le gréement, avec tes doigts devenus calleux.
Tirer le chariot à deux roues, le laser gréé posé sur le berceau, avancer dans l'eau jusqu'aux cuisses pour le faire glisser dans son élément.Il devient léger d'un coup, il partirait si tu ne laissais pas la voile choquée et ton bateau se mettre bout au vent.
Enfin tu enjambes la lisse, tu attrapes l'écoute, dès le début tu dois sortir tes fesses de la coque, car le vent prend immédiatement dans la toile.
Alors, tu coinces tes chevilles sous la sangle et tu bordes la voile.
Enfin, tu es en mer.
Et là...
Là, ça va vite.
Tu serres l'écoute dans tes dents pour border plus fort, tu sors ton corps au plus loin, tu tiens la sangle du bout des pieds, tu sens que le bateau commence à gîter, gîter si fort que tu es presque debout, ta voile bordée va frôler l'eau, là en bas, tu relâches un peu tu ne veux pas dessaler, pas tout de suite.
Tu sais pourtant que ton corps ne représente rien, un poids si léger pour ce puissant moteur qu'est cette unique grande voile, ce n'est pas la radiale, elle était prise par un autre.
Force 5, ça fait 20 mn que tu serres les dents, que tes abdos font leur exercice de bétonnage, tu es dure, et pleine de bleus, tu es forte, et si petite, allez, tu perds un peu l'attention...ça ne rate pas, le bateau t'élèves dans les airs, la voile touche l'eau, vite tu passe ta jambe sur le bord tribord et tu t'assois, épuisée, sur le côté de l'esquif, les pieds sur la longue dérive.
Avant c'était pire, tu tombais à l'eau, il te fallait remonter en passant tes bras sur cette dérive, si haute et si inaccessible avec ton encombrante brassière, en poussant des pieds sur l'eau autant dire sur du vide.
Alors, assise "au sec", tu es presque fière!
C'est facile de remonter la voile de l'eau, il suffit de laisser ton poids aller en arrière et tirer l'écoute, le bateau se redresse brutalement, tu te place rapide à ta place, et tu rebordes ta voile, hop, c'est reparti pour le plaisir pur de la vitesse, de la glisse, de l'eau salée chaude qui arrive en vagues sur ton visage...tu es excitée, tu n'as plus peur, tu maîtrises l'engin enfin apprivoisé!
Tu rentres au port, en coton, tu es trempée de la tête aux pieds mais tu n'as pas froid, tu as faim.

*:prononcer "boutes"

Photos prises à Etel cet après midi.
J'avais envie, envie!